LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 8 FÉVRIER 1998

 

Aucun lien de parenté

 

Tout ce qu'on sait à Montréal d'Andrée Boucher, la mairesse de Ste-Foy, tout ce qu'on sait parce qu'on nous l'a répété un million de fois, c'est qu'elle déteste le sport mais qu'elle s'est fait construire un château pour mairie.

C'est vrai pour le château. Fort beau d'ailleurs. De l'ampleur, de la lumière à pleine verrières... quant à savoir si la châtelaine est ruinée par les frais du château, je n'en sais rien. Ce n'est pas pour cela que j'allais la voir.

J'allais seulement lui demander si c'est vrai qu'elle déteste le sport. Je trouvais le moment bien choisi...

" Si vous me demandez si j'ai une culture sportive, si par exemple je regarde le hockey à la télé, non. Mais les loisirs oui. Les rendre accessibles au plus grand nombre, voilà un défi qui m'intéresse ".

C'était hier après-midi, elle portait un curieux petit chapeau bleu poudre, on a marché de son château à l'anneau de patinage Gaétan Boucher. Aucun lien de parenté avec Andrée Boucher ! Non madame. Surtout pas.

Gaétan Boucher s'entraînait à Ste-Foy au début des années 80. Sur une patinoire, naturelle. Quand il est revenu de Sarajevo couvert d'or, les trois gouvernements se sont cotisés pour construire, au coût de trois millions, un vrai anneau olympique de 400 mètres, réfrigéré artificiellement, une petite merveille qu'on a appelé, évidemment, l'anneau Gaétan Boucher. Aucun lien de parenté avec Andrée Boucher, la mairesse de Ste-Foy, je vous répète et j'insiste !

On reproche à madame Boucher d'avoir détourné l'anneau de sa vocation élitiste, d'en avoir notamment chassé les Patrick Bouchard, Sylvain Bouchard, Sylvie Cantin et Isabelle Doucet, tous à Nagano en ce moment, pour en faire un " lac aux Castors " où va s'amuser le commun des patineurs du dimanche...

- Avez-vous vraiment fait cela, madame ?

- Oui. Quand les athlètes et leurs entraîneurs ont exigé que la ville ouvre la piste à la mi-octobre, alors que ça coûte 10 000 $ par semaine pour la réfrigérer parce qu'à cause du temps doux il faut pousser la machinerie à fond, j'ai dit non. Le grand public ne patine pas à la mi-octobre. Je n'ouvrirai pas la piste, à ce prix-là, pour trente patineurs d'élite. Je n'ai pas été élue pour former des champions olympiques. Désolée.

À l'anneau, le grand public justement, 200 patineurs peut-être, tous les âges, tous les styles, profitaient de cette magnifique après-midi. Certains ont salué la mairesse. Plusieurs sont venus lui dire merci. Il y en a même un qui a dit : " J'habite à Québec et j'aimerais que vous alliez donner quelques leçons à M. L'Allier sur l'art de servir ses concitoyens ! " Mme Boucher en a rosi de plaisir, sous chapeau bleu poudre, c'était du plus joli effet.

- Avez-vous regardé les cérémonies d'ouverture des Jeux, madame Boucher ?

- Un peu. J'ai trouvé les enfants japonais très beaux. J'espère qu'on les aimera assez pour ne pas leur faire un autre Hiroshima...

Les jeux de 2010 ? Je ne lui ai pas demandé. Mais si vous voulez mon avis, elle n'en a vraiment rien à foutre.

 

POURQUOI LA RÉGION DE QUÉBEC ?

À chaque Jeux du Québec on remet le drapeau des Jeux à la région qui a obtenu les meilleurs résultats d'ensemble. Pas une seule fois depuis les premiers jeux en 1971, pas un seul drapeau des Jeux du Québec, qu'ils soient d'hiver ou d'été, n'a échappé à la région de Québec.

C'est quoi le lien avec Nagano ? Direct. Le lien s'appelle Myriam Bédard, Mélanie Turgeon, Patrick Roy, Manon Rhéaume, les patineurs longue piste Patrick Bouchard et Sylvain Bouchard, Isabelle Doucet, les skieurs acrobatiques Dominik Gauthier et Anne-Marie Pelchat, le couple Luc Bradet et Marie-Claude Savard Gagnon, je continue ? Plus de la moitié des athlètes de la province en ce moment à Nagano viennent de la région de Québec. C'est ça le lien avec les jeux du Québec.

Pierre Desjardins, directeur du conseil régional des loisirs de la région de Québec venait justement d'envoyer sur internet un mot d'encouragement à Manon Rhéaume, qui garde les buts de l'équipe canadienne de hockey féminin : " Te souviens-tu quand tu gardais... mes enfants rue La Fenière à Lac Beauport ? Bonne chance Manon. "

Qu'a donc la région de Québec de plus que les autres ?

" Les jaloux disent que notre territoire, qui englobe la Beauce et Charlevoix, est plus grand que les autres. Ils disent aussi qu'on est riche à Québec. Ils ont un peu raison ", admet Pierre Desjardins. " Mais il y a autre chose. Il y des structures, il y a des installations sportives, il y a par exemple, 51 clubs de patinage artistique dans la région, 50 clubs de natation, il y a l'anneau Gaétan Boucher pour le patin de vitesse à Ste-Foy, le centre national d'entraînement de ski de fond Pierre Harvey à Saint-Ferréol-des-Neiges, le centre de biathlon de la base de Val-cartier. Et bien sûr le Pavillon d'éducation physique et de sport, le Peps de I'Université Laval où sont formés les entraîneurs, qui sont, et c'est là un point important, un peu plus que des entraîneurs. Le Peps est reconnu pour former des motivateurs, des gens qui s'impliquent sur le terrain. Je crois qu'il y a là dans cette attitude, dont il est difficile de quantifier les résultats, la réponse à votre question. Pourquoi la région de Québec ? Parce que cette volonté de dépister le talent athlétique et de le développer.

 

MME COPPS N'A RIEN COMPRIS

Ce n'est pas comme ça que ça se passe. On a l'impression à la lecture des journaux que l'Association canadienne olympique affiche un mépris ouvert et agressif pour les francophones. C'est pas vrai. Je le sais, c'est pareil à tous les jeux. Tout se passe au nom de l'amitié, du bon sens, et de la simplicité des rapports qui régissent le monde du sport. Je n'ironise absolument pas. Le ton est celui-là : " Écoutez les boys, on n'est pas des politiciens. On n'est pas là pour se faire chier. On est là pour remporter des médailles d'or. On ne va pas se chicaner pour chaque mot anglais qui n'est pas traduit en français ? D'accord "

D'accord disent les athlètes francophones et la presse francophone. Pas par faiblesse. Parce que c'est un peu vrai que c'est con la traduction systématique, c'est long, c'est cher, et parfois carrément pas nécessaire.

Cet esprit là. Ce ton là. Arrive alors ce qui doit inévitablement arriver : des bavures. Inévitablement parce que, dans ce climat de confiance, le naturel des anglos revient au galop. Fort de l'accord accepté, n'ayant plus à se surveiller à chaque geste, libérés de L'OBLIGATION de reconnaître l'autre culture, ils l'ignorent. Pas par malice. Pas pour nous en passer une petite vite. Pas Par mépris. Parce que c'est comme ça qu'ils pensent. C'est la Canada.

Madame Copps peut fulminer tant qu'elle voudra contre l'Association olympique canadienne. C'est pas l'AOC. C'est le Canada.