LA PRESSE, MONTRÉAL, LUNDI 3 AOÛT 1998

 

Julich, le chouchou

 

PARIS

Le coureur le plus heureux sur le podium et probablement sur tous les Champs-Élysées hier était sans doute l'Américain Bobby Julich. En sanglots dans les bras d'Angela sa fiancée, il exultait : " T'avais raison, t'avais raison ". Il faut savoir que c'est Angela qui a ramené Julich à la compétition. Après avoir tout gagné chez les juniors ( dont deux fois le Tour de l'Abitibi ), Bobby Jullich a marqué le pas, ratant même la sélection américaine pour Atlanta. " J'avais jeté mon vélo, et aujourd'hui, aujourd'hui... ". Bobby ne trouvait plus ses mots, ni en anglais, ni en Français qu'il parle assez bien. Pas un regret, pas un nuage sur son immense bonheur de finir troisième de ce Tour de France marqué au fer des affaires : " Ce n'est pas parce quelqu'un de votre famille commet un crime que vous êtes vous même un criminel... et qu'il n'est plus de votre famille. "

Julich est membre de l'équipe Cofidis ( une société de crédit par téléphone ), une qui n'a pas été éclaboussée par les affaires ( ça ne prouve rien ! ), équipe qui compte dans ses rangs le meilleur Français Christophe Rinero, l'autre Jalabert ( Nicolas ), et un autre jeune Américain, Kevin Levingston ( 17e ), lui aussi un ancien du Tour de l'Abitibi.

Ce Tour malade aura donc paradoxalement montré la santé de l'élite cycliste nord-amércaine, pourtant privée de Lance Armstrong. À souligner aussi l'extraordinaire performance de Tyler Hamilton dans le premier contre la montre, second à seulement une minute de Ullrich. Malade, Hamilton s'est effondré par la suite, il terminera 51e. Pour la petite histoire, c'est ce même Tyler Hamilton qui a gagné la traditionnelle course du Mont Washington au New Hampshire, à laquelle participent quelques cyclos québécois, dont le Fromentier de la rue Laurier, quatrième l'an dernier... Il va falloir que je lui demande ce qu'il met dans son pain, celui-là.

 

LA TRADITION -

Ce Tour pas comme les autres aura au moins fait une chose comme les autres : sa dernière étape. La tradition a été respectée. La flûte de champagne qui circule dans le peloton, les photos, la promenade bucolique les mains en haut des guidons, sauf qu'il a vite fallu sortir les imperméables quand la pluie s'est mise, à tomber à verse. Pantani a crevé sur les Champs-Élysées. Et Tom Steels, superbement emmené par sa locomotive personnelle, Stephano Zanini, a remporté sa quatrième victoire au sprint. Un classique.

 

LA PRESSE -

Sur les affaires et la suite à leur donner, la presse du Tour est divisée en deux grands blocs, cela se reflétait hier dans les propos des confrères rencontrés aux abord du Concorde-Lafayette ( où je n'ai pu entrer faute d'accréditation ). Deux blocs disais-je : les sportifs et les autres.

Le journal L'Équipe a beau défendre d'avoir fait tout son devoir d'information, cela se sentait que c'était un devoir. L'Équipe appartient au même groupe financier que le Tour de France ( le groupe Amaury ), et veut, veut pas, tortille du cul tant que tu voudras, ça finit par paraître ! Ça paraissait dans le ton qu'on pourrait résumer dans une phrase : " Le Tour est plus fort que tout, il est sorti grandi de cette terrible épreuve. "

La presse sportive en général voulait sauver le Tour et le cyclisme. Après tout, c'est son pain et son beurre aussi. Elle s'est évidemment rangée du côté des coureurs, mais surtout du côté du grand boss Jean-Marie Leblanc, reprenant son refrain sur l'acharnement policier, et laissant entendre, en filigrane, qu'il y a peut-être là dessous, l'acharnement du gouvernement socialiste à salir le Tour, ce glorieux fleuron de la droite affairiste.

En passant M. Chirac, le très peu socialiste président de la République qu'on a beaucoup vu sur les Champs après le Mondial, était absent hier. M. Jospin aussi d'ailleurs. Peur de se mouiller ? Avec toute cette pluie, on les comprend.

Pour revenir à la presse, l'autre presse, la " normale ", Libé, Le Monde, La Repubblica, El Pais, avait de travers dans la gorge les nombreuses couleuvres que les coureurs, les organisateurs, les médecins leur ont fait avaler depuis des années, elle tenait enfin les fameuses preuves qu'on lui reprochait depuis toujours de ne pas avoir - t'as pas de preuves ? non ? alors ferme ta gueule - cette fois oui, elle en avait et elle a fessé fort. Le grand public, évidemment, la blâme pour cela : bande de pourris, bande de briseurs de rêve. Tandis que Richard Virenque oh ! là, là, quel preux chevalier, mon vieux.

Des fois, le public mériterait d'être gifflé. Deux fois